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lundi 14 décembre 2020

Sur la Playlist : Gottfried Finger, ou Godfrey Finger

 




Finger est quasi-inconnu en France, même s'il s'agit d'un authentique européen à la sauce du XVIII° siècle. On est toujours frappant par les voyages et séjours différents de ces musiciens de l'époque baroque parcourant l'Europe dans tous les sens, à l'époque où seuls le cheval ou le bateau pouvaient transporter les voyageurs.

Ainsi de Finger, né en Moravie - actuellement République tchèque : on trouve sa trace ensuite à Munich, Londres, Breslau - l'actuelle Wroclaw en Pologne - Vienne, Berlin, Innsbruck, Heidelberg, Mannheim, là où il est mort. 

On trouvait dans toutes ces villes assez de Cours royales ou princières à distraire et à cultiver. Finger a été accueilli notamment à celle de Jacques II, roi d'Angleterre, le dernier des Stuart qui dut fuir en France sous l'aile de Louis XIV, mais Finger de l'a pas suivi. Il y avait sans doute beaucoup trop de concurrence autour de Versailles, ou trop de courbettes à présenter au grand et infernal Jean-Baptiste (Lully), chef de la musique en France de l'époque. 

Ces beaux albums récents se trouvent en totalité sur YouTube. Etonnant, mais tant mieux ! La musique de Finger est limpide, instruite et altière mais toute aussi légère et gaie. Rien à voir avec les lourdeurs et solennelles pompes lullistes. 

Un régal pour l'oreille et l'esprit, si loin des horreurs et de la morosité de l'époque... au final, celles de toutes les époques. Parfait pour une sortie de confinement.



dimanche 3 mai 2020

Playlist du jour : Idir

Concert du 4 janvier 2018 à Alger. Hamid Cheriet, dit Idir, est mort hier. Il portait haut la culture berbère.



Voici les paroles de sa chanson fétiche en langue berbère (Tamazight), avec la traduction. Cette langue peut utiliser l'alphabet latin, arabe ou un alphabet spécifique (Tifinagh, ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ , voir en fin de publication); En Algérie, le Tamazight est transcrit souvent en alphabet latin, comme ci-dessous.


A Vava Inova (Mon Petit Papa)

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte

Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets

Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba

Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba
O fille Ghriba je le crains aussi

Amghar yedel deg wbernus
Le vieux enroulé dans son burnous

Di tesga la yezzizin
A l'écart se chauffe

Mmis yethebbir i lqut
Son fils soucieux de gagne pain

Ussan deg wqarru-s tezzin
Passe en revue les jours du lendemain

Tislit zdeffir uzetta
La bru derrière le métier à tisser

Tessallay tijebbadin
Sans cesse remonte les tendeurs des fils

Arrac ezzin d i tamghart
Les enfants autour de la vieille

A sen teghar tiqdimin
S'instruisent des choses d'antan

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte

Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets

Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba

Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba
O fille Ghriba je le crains aussi

Tuggi kecment yehlulen
La neige s'est entassée contre la porte

Tajmaât tettsargu tafsut
L'"ihlulen" (la bouillie) bout dans la marmite

Aggur d yetran hejben
La "tajmaât" (l'assemblée locale) rêve déjà au printemps

Ma d aqejmur n tassaft
La lune et les étoiles demeurent claustrées

Idegger akken idenyen
La bûche de chêne remplace les claies

Mlalen d aït waxxam
La famille rassemblée

I tmacahut ad slen
Prête l'oreille au conte

Txilek elli yi n taburt a Vava Inouva
Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte

Ccencen tizebgatin-im a yelli Ghriba
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets

Ugadegh lwahc elghaba a Vava Inouva
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba

Ugadegh ula d nekkini a yelli Ghriba
O fille Ghriba je le crains aussi



.
On ne résiste pas à ajouter la graphie inaccoutumée du Tifinagh. 

mercredi 29 avril 2020

Playlist du jour : Martin Marais, côté opéra

On connait Martin Marais compte tenu des 600 pièces de viole de gambe qu'il a composées. Rien que ça. 

On ne connaissait pas ses autres opus. Cela fut la peine d'écouter aujourd'hui les suites d'un de ses opéras, Alcyone : musique suave, apaisante, parfaitement harmonique, encore une fois très éloignée des pompes de Versailles, où il a été pourtant si longtemps du temps du Grand Roi, qui l'a entendu jouer souvent - il avait 18 ans de moins que Louis XIV.

On en ressort une douce sérénité de l'âme, comme on aurait pu dire à l'époque.. Parfait pour la 45° journée du confinement !

Martin Marais a eu 19 enfants dont 16 d'entre eux ont laissé une trace dans les chroniques. Son père était un simple cordonnier parisien.





vendredi 24 avril 2020

La playlist de la journée : la musique de l'ennemi (Musique de la Cour des Habsbourg)

Plus d'une heure et demi de pur enchantement : cet enregistrement déjà ancien est un rêve baroque.

La cour de Vienne, celle des Habsbourg, était celle des principaux ennemis de Versailles. Le mariage de Marie-Antoinette et de Louis XVI permettra au final de rapprocher les deux éminentes forteresses monarchiques, mais cela s'est mal fini. 

Entre temps, les sommités musicales reconnues à Vienne, l'anti-Versailles, étaient parfaitement inconnues ici, dont parmi elles Schmelzer et Fux, découverts à cette occasion.

La musique est légère, élaborée, harmonique, finement harmonisée et les instruments à vent se taillent la part du lion. Nous sommes très éloignés des pompes fastueuses orchestrées notamment par Lully, qui plaisaient tant à nos Louis.

Cette musique est un enchantement si on aime le baroque, entendue deux fois tant elle le vaut.

Pour l'anecdote, qui met un peu d'intérêt supplémentaire, Nikolaus Harnoncourt, mondialement connu comme Pape des interprétations sur instruments anciens, est un descendant direct de François 1° du Saint Empire, qui régnait à l'époque à Vienne (1745-1765), héritier du titre d'Empereur romain d'occident. Il était aussi Duc de Lorraine et de Bar (Bar le Duc) et né à Nancy. A l'époque, la Lorraine était pays étranger. Raison plus pour attiser les haines contre Vienne, dont la banlieue arrivait quasiment jusqu'à Revigny sur Ornain. Drôle, non ?

Revenant à la musique, voici un extrait pour se donner une idée.



lundi 20 avril 2020

La playlist du jour : Sylvius Leopold Weiss

Silvius Leopold Weiss est le maître total du luth, même s'il a composé aussi des pièces pour flute. Tout comme celle de Bach, dont il est un contemporain - ils sont morts tout les deux en 1750 - sa musique est magnifiquement structurée, savante, recherchée tout en étant très sobre. 

Un régal pour l'esprit et l'oreille, compte tenu des horreurs dont on les abreuve par ailleurs. Dresde est sa ville de référence : une raison plus d'aller un jour la visiter. Le plus tôt sera le mieux, non ?





samedi 18 avril 2020

Perles musicales (la suite) : J.S. Bach - "Sanfte soll mein Todeskummer"

Il y a un certain temps, le blog général avait entamé un grand cycle musical Perles musicales comptant à ce jour un peu moins de trentaine d'airs. Il est temps de le compléter. 

Voici donc une aria découverte dans l'Oratorio de Pâques de Bach (BWV 249  pour les spécialistes); C'était de saison.

Le ténor figure Saint Pierre, le premier disciple, et les flutes à bec apportent une douceur et une sérénité à ce morceau, reprenant d'ailleurs les paroles. Sanft, doux, est le premier mot du texte. Les textes sont en général repris des écritures sacrées et remises en forme par des écrivains ou poètes de langue allemande.

Les cantates de Bach sont merveilleuses pour cela : le compositeur puise notamment son orchestration et son tempo dans les textes qui lui sont soumis. Sans oublier qu'il devait en composer une par semaine pendant si longtemps, comme Cantor de l'Eglise St Thomas de Leipzig. Un vrai sacerdoce !

Le texte est le suivant :

Sanfte soll mein Todeskummer,
Mon chagrin mortel peut maintenant s’adoucir,

Nur ein Schlummer,
N’être plus qu’un sommeil,

Jesu, durch dein Schweißtuch sein.
Jésus, au travers de ton linceul.

Ja, das wird mich dort erfrischen
Oui, cela est vraiment sujet à me donner réconfort,

Und die Zähren meiner Pein
Et les pleurs de mon tourment

Von den Wangen tröstlich wischen.
À essuyer de mes joues de façon consolante.

Voici une version moderne "live" de référence.


Voici une version enregistrée, par le ténor britannique Ian Bodstridge, dont la douceur de la voix est en parfaitement accord avec l'aria.
 

Et voici un enregistrement historique de 1958; On peut en trouver plusieurs autres sur YouTube.





samedi 11 avril 2020

La playlist du week-end : Filippo Mineccia

Contre-ténor italien, il chante le répertoire italien baroque. Il n'a pas 40 ans. Un week-end pour écouter ses six albums, cela faut la peine : voix ferme, timbre solide et agréable,  interprétation impeccable et ce sentiment de parfaitement dominer la musique qu'il a sous les yeux.

Regardant la liste de ses concerts annulés à cause de COVID-19, on essaie d'imaginer le nombre incalculable d'heures disparues de tous ces spectacles qui n'auront pas lieu, dans tous les genres et dans tous les lieux. Cette économie sera-t-elle étudiée ?





jeudi 9 avril 2020

Sur la playlist aujourd'hui : Bonporti et l'oratorio de Pâques de Bach

L'oratorio de Pâques de Bach - c'est le moins - et une découverte : Francesco Antonio Bonporti, c'est un prêtre italien, violoniste, compositeur de la première moitié du XVIII° siècle, qui a pu inspirer Bach dont il était le contemporain, qui a copié sa musique à la main pour en garder la trace. C'est qu'il devait l'aimer. Du pur baroque très structuré et intelligent. Il a été formé par Corelli.

On ajouter pour l'anecdote la cantate BWV 101 de Bach, dont les paroles ont été écrites par Martin Moller, poète allemand de la fin du XVI° siècle, écrites durant une épidémie de peste.

Voici ses mots dans le premier choral :


Écarte de nous, Seigneur, Dieu fidèle,
Le sévère châtiment et le grand danger
Que nous avons, tous que nous sommes,
Mérités par nos péchés sans nombre.
Garde-nous de la guerre et de la disette,
De la peste, du feu et de grandes misères.

Nimm von uns Herr, du treuer Gott,
Die schwere Straf und große Not,
Die wir mit Sünden ohne Zahl
Verdienet haben allzumal.
Behüt für Krieg und teurer Zeit,
Für Seuchen, Feur und großem Leid.




lundi 30 mars 2020

Sur la playlist ce jour : Franco Fagioli

Contre-ténor argentin, c'est une vedette pour ceux qui s'intéressent au baroque. Voix baroque, et ses apparitions sont attendues, un peu baroques aussi.

Voir notamment cette video, vues plus d'une million de fois dans le monde, issue de l'opéra Artaserse, captée à... Nancy - qui l'eut cru - sur la scène de l'opéra de Lorraine début novembre 2012.

Cet opéra, composé par un Léonardo Vinci (ne pas confondre !), présenté en 1730, s'illustre surtout par ses airs qui permettaient aux castrats de montrer leur virtuosité vocale l'époque.


dimanche 29 mars 2020

Faites rentrer la musique !

Le Diapason d'avril est arrivé. On ne l'a jamais tant attendu, tout comme on a jamais autant apprécié l'abonnement récent à Qobuz : voici un mois de musique devant 👍 






mercredi 25 mars 2020

L'air de la journée : "Vergnügte Ruh"

Voici le chant des anges aujourd'hui :

Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust,
Dich kann man nicht bei Höllensünden,
Wohl aber Himmelseintracht finden;
Du stärkst allein die schwache Brust.
Drum sollen lauter Tugendgaben
In meinem Herzen Wohnung haben.

Repos délicieux, plaisir recherché de l'âme,
Tu ne peux pas être trouvé parmi les péchés de l'enfer,
Mais plutôt dans la concorde du paradis
Toi seul renforce le cœur faible.
Donc seuls les dons purs de la vertu
Auront une place dans mon cœur.

Il s'agit d'une belle cantate de Bach (BWV 170), composée pour le repos de l'âme. Après toutes ces horreurs entendues dans la journée, il fallait bien ça !

Voici trois interprétations. Celle de Jakub Orlinski, le prodige polonais entendu partout - y compris à Reims il n'y a pas longtemps. On reparlera et on écoutera d'autres choses de lui bientôt.



Celle d'Andrea Scholl, interprétation magistrale de référence, indépassable sans doute jusqu'ici. La différence de maturité est notable et il chante dans sa langue maternelle, il est allemand.



Et celle d'Angelika Kirchschlager, dont la voix féminine d'alto rivalise sans problème celle des contre-tenors, entendus plus souvent sur cette aria. Elle est autrichienne et chante aussi dans sa langue maternelle.




mardi 24 mars 2020

Playlist du jour et de tous les autres jours : la meilleure radio du monde



La meilleure radio du monde a bien failli passer à la trappe il y a peu. On parle de Radio Swiss Classic

Nos amis suisses avaient organisé en 2018 une votation sur leur redevance audio-visuelle, considérant que l'offre privée pouvait suffire, et donc qu'elle pouvait être supprimée, d'autant qu'elle était la plus chère d'Europe (l'équivalent de plus de 300 €)

Ils sont comme ça, les Suisses. C'est comme ça qu'ils ont aboli leur fonction publique il y a une vingtaine d'années.

Selon le résultat, les 13 500 agents de l'audio-visuel suisse pouvaient pointer au chômage ou non.

Dans le paquet des chaines publiques, on trouve cette pépite : Radio Swiss Classic !

Gratuite, sans aucune publicité, streaming parfait, 24 h/7j, uniquement de la musique classique avec des annonces minimales en quatre langues (s'il vous plait !) et avec toutes les infos sur ce que l'on entend sur le site ou l'application smartphone dédiés, et avec tous les liens qui vont ensemble. Et sur tous les canaux, notamment satellite et internet. Formidable, non ?

Parfait pour découvrir de nouveaux compositeurs, de nouvelles oeuvres, pour écouter les meilleurs interprétations et pour ne pas se soucier de programmer d'autres morceaux... Quoi de mieux ?

Le monde aurait perdu beaucoup ce 4 mai 2018. Et bien savez vous ce qui s'est passé : rejet à 71,6%. Vivent les Suisses !

Pour les amateurs, on trouve la même chose pour le Jazz et la Pop






dimanche 22 mars 2020

Playlist : Michael Chance

La grande playlist d'hier et d'avant hier : Michael Chance, contre-ténor britannique parfait dans son genre. Il fallait au moins deux jours. Et on y reviendra.


Playlist : Nicola Porpora

La grande playlist du jour : Nicola Porpora, compositeur, maître de chant (Naples, 10 août 1686 – Naples, 3 mars 1768)