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mardi 21 avril 2020

Lecture du confinement


Le 7° roman de la saga policière suédoise de Camilla Läckberg est déjà bien avancé. Personnages attachants et authentiques, intrigues fouillées et bien huilées, cadre géographique singulier, langue sobre et avenante : quand on aime, on ne compte pas

On a envie aussi d'aller faire un tour sur la côté sud de la Suède. On est toujours au sud de quelque chose...


vendredi 10 avril 2020

Continuité des parcs

Impossible de ne pas penser à cette nouvelle de Cortazar, lisant longuement et tranquillement sous l'arbre cet après-midi.

Et la prochaine fois qu'on évoquera des Armes secrètes, le recueil de nouvelles où est inséré ce texte, on parlera aussi d'axolotl...


Continuité des parcs

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l'abandonna à cause d'affaires urgentes et l'ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l'intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, après avoir écrit une lettre à son fondé de pouvoirs et discuté avec l'intendant une question de métayage, il reprit sa lecture dans la tranquillité du studio, d'où la vue s'étendait sur le parc planté de chênes. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité de dérangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l'apparence des héros. L'illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s'éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l'entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu'au-delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes.

Phrase après phrase, absorbé par la sordide alternative où se débattaient les protagonistes, il se laissait prendre aux images qui s'organisaient et acquéraient progressivement couleur et vie. Il fut ainsi témoin de la dernière rencontre dans la cabane parmi la broussaille. La femme entra la première, méfiante. Puis vint l'homme, le visage griffé par les épines d'une branche. Admirablement, elle étanchait de ses baisers le sang des égratignures. Lui, se dérobait aux caresses. Il n'était pas venu pour répéter le cérémonial d'une passion clandestine protégée par un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs. Le poignard devenait tiède au contact de sa poitrine. Dessous, au rythme du cœur, battait la liberté convoitée. Un dialogue haletant se déroulait au long des pages comme un fleuve de reptiles, et l'on sentait que tout était décidé depuis toujours. Jusqu'à ces caresses qui enveloppaient le corps de l'amant comme pour le retenir et le dissuader, dessinaient abominablement les contours de l'autre corps, qu'il était nécessaire d'abattre. Rien n'avait été oublié: alibis, hasards, erreurs possibles. A partir de cette heure, chaque instant avait son usage minutieusement calculé. La double et implacable répétition était à peine interrompue le temps qu'une main frôle une joue. Il commençait à faire nuit.

Sans se regarder, étroitement liés à la tâche qui les attendait, ils se séparèrent à la porte de la cabane. Elle devait suivre le sentier qui allait vers le nord. Sur le sentier opposé, il se retourna un instant pour la voir courir, les cheveux dénoués. A son tour, il se mit à courir, se courbant sous les arbres et les haies. A la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l'allée qui conduisait à la maison. Les chiens ne devaient pas aboyer et ils n'aboyèrent pas. A cette heure, l'intendant ne devait pas être là et il n'était pas là. Il monta les trois marches du perron et entra. A travers le sang qui bourdonnait dans ses oreilles, lui parvenaient encore les paroles de la femme. D'abord une salle bleue, puis un corridor, puis un escalier avec un tapis. En haut, deux portes. Personne dans la première pièce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors, le poignard en main, les lumières des grandes baies, le dossier élevé du fauteuil de velours vert et, dépassant le fauteuil, la tête de l'homme en train de lire un roman.

Julio CORTAZAR, Les armes secrètes (coll. Folio, éd. Gallimard)



lundi 23 mars 2020

Le presque Roi

Philippe d'Orléans, "Le Régent" neveu de Louis XIV°, a régné pendant 7 ans et demi sur la France pour assurer l’interrègne entre Louis XIV et Louis XV. Le Grand Roi ayant vécu très longtemps, tous ses descendants directs étant morts son arrière petit fils, appelé à assurer la suite, n'avait que 5 ans alors que la majorité à l'époque était de 13 ans.

Personnalité intrigante, militaire autant qu'artiste, libertin autant que réformiste, le Régent est un des premiers monarques des Lumières. Mais la parenthèse fut renfermée en 1722, quand le Roi de droit divin a pris le trône qui lui était destiné.

C'est sous la Régence (1720) que la dernière grande épidémie de peste a tué un quart de la population de Marseille et de la Provence.

On avait commencé sa biographie avant même l'arrivée du COVID-19.